Choisir l’enseignement pour contribuer au changement 

Après plusieurs années dans le milieu des arts de la scène, rien ne prédestinait Stéphanie Cloutier à devenir enseignante en adaptation scolaire. Diplômée du baccalauréat en enseignement en adaptation scolaire et sociale de l’UQAM en 2017, elle a pourtant trouvé dans l’éducation une façon concrète de mettre ses valeurs en action. Avant de retourner sur les bancs d’école, Stéphanie évolue dans les théâtres montréalais, collabore avec l’Opéra de Montréal et participe même au Festival d’Avignon avec la troupe de Wajdi Mouawad.

Si cette carrière la passionne, une autre aspiration demeure bien présente : travailler auprès des jeunes.

« Je n’ai pourtant jamais cessé d’être intéressée par le travail auprès des enfants […] J’avais besoin de me sentir utile. L’idée que l’enseignement est l’outil le plus puissant pour opérer de grands changements sociaux résonne fortement en moi. » 

La grève étudiante de 2012 agit comme un véritable déclencheur. Inspirée par la mobilisation en faveur de l’accès à l’éducation pour tous, elle décide de réorienter sa carrière. À 40 ans, alors qu’elle est mère de deux jeunes enfants, elle entreprend un baccalauréat en adaptation scolaire à l’UQAM.

Son passage à la Faculté des sciences de l’éducation demeure l’un des moments déterminants de son parcours. Elle y découvre un environnement intellectuellement stimulant, tisse des liens durables avec ses collègues de classe et bénéficie de l’accompagnement de professeures et professeurs qui marquent sa réflexion.

Mais ce sont surtout les stages qui lui permettent de confirmer sa vocation. 

« Je garde un souvenir ému de la fin de mon premier stage. J’étais prise de doutes. Les encouragements de ma superviseure de stage ont fait la différence. Non seulement je me suis sentie à ma place, mais je me suis sentie accueillie, bienvenue dans ce milieu. J’avais besoin de cette validation. » 

Cette expérience lui donne la confiance nécessaire pour poursuivre un parcours exigeant, mais profondément porteur de sens. 

Comme pour bien des enseignants, les premières années sont synonymes d’apprentissage intensif. Entre la charge de travail, le manque d’expérience et les remises en question, Stéphanie découvre les défis de la profession. 

« Les cinq premières années ont certainement été les plus marquantes de mon parcours et, sans contredit, les plus difficiles aussi. […] Il y a eu plusieurs moments de découragement, mais jamais je n’ai remis en question mon choix d’être enseignante. » 

Avec le temps viennent la confiance et le sentiment de compétence. Aujourd’hui, elle apprécie particulièrement la liberté de créer, de renouveler ses pratiques et, surtout, de développer des relations significatives avec ses élèves. Les progrès qu’elle observe et le sentiment de faire une différence auprès d’eux demeurent sa plus grande source de motivation. 

« J’ai maintenant un grand sentiment d’accomplissement et, bien que ce ne soit pas facile tous les jours, je me sens utile quotidiennement. Je suis créative et j’aime me réinventer continuellement. J’accorde beaucoup d’importance aux relations que je développe avec mes élèves. Stimuler leur estime d’eux-mêmes et les voir s’épanouir me procure un grand sentiment de satisfaction. »

Son engagement dépasse largement les murs de sa salle de classe. Active dans la vie syndicale de son école, elle siège également au comité de développement durable, où elle contribue à mettre sur pied plusieurs initiatives concrètes.

Parmi celles-ci figurent l’implantation de la première brigade verte du Centre de services scolaire Marie-Victorin ainsi qu’un projet d’agriculture urbaine. Des initiatives qui témoignent de sa volonté d’agir, autant auprès de ses collègues que de ses élèves. 

« Je participe à la vie syndicale de mon école, car c’est une sphère de la vie scolaire où je sens une réelle solidarité et où je réponds à mon besoin de prendre soin de mes collègues. […] C’est en m’engageant auprès de mon équipe, auprès de mes élèves et pour des causes qui me sont chères que je sens le plus intensément que je contribue à l’amélioration de la société dans laquelle je vis. »

Plus de dix ans après avoir entrepris ce retour aux études, Stéphanie Cloutier ne regrette rien. Son parcours illustre qu’il n’est jamais trop tard pour donner un nouveau sens à sa carrière et rappelle toute la force de l’engagement en éducation. Pour elle, enseigner est bien plus qu’un métier : c’est une façon concrète de contribuer à bâtir une société plus juste, un élève à la fois.