Faire vivre les mots, de la rigueur à la romance

Crédit photo : Jean-Luc Laporte, InterZone Photo

Pour Josée Boudreau, diplômée du certificat en création littéraire de l’UQAM, les mots ne sont pas un simple outil de travail, ils sont un fil conducteur. Depuis plus de vingt ans, elle évolue comme chargée de communications à l’arrondissement de Saint-Laurent de la Ville de Montréal, où elle est responsable des publications municipales ainsi que de la rédaction et de la révision de divers textes. Derrière la professionnelle rigoureuse, il y a pourtant l’autrice, celle qui n’a jamais cessé d’explorer et de créer. 

C’est à l’UQAM que son rapport aux mots se transforme. Diplômée du certificat en création littéraire en 2013, elle y découvre un espace où la rigueur professionnelle rencontre l’élan créatif. Pendant quatre ans, elle collabore au magazine Brins d’éternité, publiant critiques et entrevues avec plusieurs auteurs québécois, dont Patrick Senécal, Claude Bolduc et Esther Rochon. Elle y signe également une première nouvelle, Le crépuscule de Baby, intégrée à son premier recueil paru en 2013. 

Un cours la marque profondément, Individu créateur et entraînement à la créativité. Elle y découvre les travaux du psychologue Mihaly Csikszentmihalyi et ses « dix traits paradoxaux des créatifs », dans lesquels elle se reconnaît avec étonnement. Cette réflexion nourrit encore aujourd’hui sa pratique et son engagement auprès de la relève. Auprès de la vingtaine de stagiaires qu’elle a accompagnés au fil des ans, elle aime rappeler que le doute n’est pas un ennemi, mais un voyant lumineux qui invite à regarder de plus près. Ce qui distingue les rédactrices et rédacteurs, selon elle, ce n’est pas la perfection, mais l’amour des mots. De cette posture est né, en 2019, le Guide impertinent du rédacteur

Au quotidien, son travail repose sur la précision et la justesse. L’écriture de fiction lui permet d’explorer un autre terrain. En 2024, elle figure parmi les auteurs et autrices sélectionnés sur la liste préliminaire du Prix de la nouvelle Radio-Canada. Forte de cet encouragement, elle se laisse tenter par un nouveau défi, écrire de la romance contemporaine, nommée aussi « chick lit ». 

En découvrant la vitalité de ce genre au Québec, elle y voit un art exigeant, loin de la légèreté apparente qu’on lui attribue parfois. Produire une histoire pétillante demande un sens aigu du rythme, une fine compréhension des émotions et un solide doigté narratif. Elle y exprime son goût pour l’humour, les dialogues vifs et les personnages profondément humains. 

Avec Pizza et cœurs brûlés, paru en 2025, elle prend pleinement conscience de l’écho que suscite la romance contemporaine. Les échanges au Salon du livre de Montréal lui confirment la place bien réelle qu’occupent ces récits dans la vie des gens. 

Dans un contexte souvent incertain, ces histoires offrent un refuge, mais aussi un miroir. On y parle d’amour, bien sûr, mais aussi d’amitié, de vulnérabilité, de recommencement. « Nos contemporaines et même nos contemporains ont faim de romances en ce moment », observe-t-elle. 

Un nouveau roman est déjà en cours, situé dans le même univers. 

Chez Josée Boudreau, la littérature dite populaire n’est ni mineure ni superficielle. Elle devient un espace de liberté, de précision stylistique et de complicité, une manière profondément humaine de faire vivre les mots.